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L'Organetto

L’orgue portatif ou organetto, d’après son typique vocable italien, apparaît en Europe vers la moitié du XIIe siècle au moment du grand développement des orgues gothiques. Avec une taille très petite, cet instrument étonnant aurait pu servir de modèle expérimental pour la construction d’orgues plus grands. D’autre part, pendu avec une sangle autour du cou du musicien, il eut sans doute un rôle essentiel dans le déroulement des processions en remplissant la fonction liturgique du grand orgue dans une pars pro toto : une partie qui représente le tout.

Le poids de cet instrument permettait également de le jouer posé sur la jambe du musicien : avec une main il actionnait le clavier pendant qu’avec l’autre il « travaillait » avec le soufflet situé à l’arrière. Celui-ci, pourvu d’une grande sensibilité, rendait possible le contrôle de la pression de l’air et d’enrichir ainsi l’interprétation avec toutes les possibilités expressives propres aux instruments à vent : vibrato, accents, micro-dynamiques… Le joueur était donc responsable de la qualité du son et de sa justesse.

Avec ses caractéristiques sonores inouïes, restant en même temps un instrument agile et virtuose, l’organetto aura eu une place essentielle dans l’histoire de la musique pendant les derniers siècles du Moyen-Âge et jusqu’au début de la Renaissance. On y développera des modes de jeu monodiques, avec des bourdons et polyphoniques, qui accompagneront les chants des troubadours, les compositions de l’Ars Nova ou encore les musiques des grands maîtres franco-flamands. Au début du XVIe siècle, l’orgue portatif commencera une décadence progressive et rapide qui mènera à sa totale disparition quelques décennies plus tard, laissant derrière lui un riche héritage formé d’innombrables documents et représentations iconographiques.


Pendant la deuxième moitié du XIVe siècle, le Royaume d’Aragon accueillît bon nombre d’interprètes d’organetto, également nommés ménestrels de « petits orguens » ou « orguens de coll ». D’après les écrits conservés à l’Archive de la Couronne, ces musiciens étaient originaires de la Péninsule Ibérique, des Flandres, de France et d’Italie. Ce dernier pays ou Francesco Landini, le grand compositeur du trecento, serait le plus grand représentant de cet instrument.

Parmi ces ménestrels, les lettres de l’Archive nous rapportent la venue du célèbre « Johan dels orguens », auquel le Roy Jean I d’Aragon demandera d’apporter son « livre où il a écrit les estampies et les autres œuvres qu’il sait jouer sur les petits orgues ». Ce document, saisissant, rappelle à son tour certains passages du « Libro de buen amor », jouaux de la littérature espagnole, écrit par l’Arcipreste de Hita vers 1340. Dans cet ouvrage, on lit que les orgues jouent dans la messe pour accompagner les parties de l’ordinaire, les motets ou les hymnes. Mais aussi, dans un contexte évidemment courtois, les petits orgues « chantent » ou « disent » des chansons, des danses et des poésies. Il en fut sans doute ainsi sous les doigts experts de « Johan dels orguens » à la cour de Jean I, ou encore, à la Florence lumineuse de Francesco Landini.

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